Néophytes et initiés se rueront à n’en pas douter sur l’album « Beauté Nomade » d’Hippolyte et Yann Romain qui parient, fait unique, à donner une image à peu près juste du Tibet en quelques pages. Article paru dans Marianne le 30 novembre 2006.
Voir en ligne : Le Tibet pour de vrai
« Un grand soleil d’hiver éclaire la colline ». Ce vers tiré du poème d’Aragon « L’affiche rouge » pourrait parfaitement s’adapter à « Beauté Nomade »*, l’album d’Hippolyte Romain, journaliste, écrivain, conteur et peintre.
Il réalise avec le photographe Yann Romain un parcours initiatique au cœur de ce Tibet chinois, un Tibet que le lecteur non-initié pourrait prendre pour un Himalaya de carte postale, tant la dimension politique est officiellement absente de cet album. Point ici question d’évoquer l’occupation chinoise. Les auteurs s’attachent à des visages et à des scènes de vie. Couleurs flamboyantes au sommet du monde, les « deux Romain » se consacrent tout particulièrement aux enfants. Et c’est sans doute en cela que ce livre, d’apparence purement artistique, est en réalité éminemment politique : les auteurs dépeignent l’entité d’un peuple sur sa terre !
Certes l’album s’articule autour d’un conte, mais les photos témoignent que toute ressemblance avec des personnages existants est… évidente.
Les photos parviennent à percer une culture hermétique. Les auteurs traitent d’un Tibet qu’il n’est pas besoin d’idéaliser tant les images parlent d’elles-mêmes.
L’identité culturelle (indissociable de l’identité spirituelle en ce qui concerne le Tibet) rend inutile toute velléité nationaliste et les non-dits sont d’avantage parlants qu’un militantisme dénué de toute émotion. Mieux qu’un album, « Beauté Nomade » est un ticket d’embarquement pour le Tibet… le vrai.
* « Beauté Nomade », d’Hippolyte Romain et Yann Romain, Flammarion, 160 pages, 30 €.
Sarah Blum